Il y a des promesses de campagne électorale qu’on aimerait ne pas voir se réaliser. Surtout quand elles sont démagos et couteuses pour le contribuable.

Donner un ordinateur à chaque lycée de la région Languedoc Roussillon fait partie de ce type de promesse.

Dépenser 15 millions d’euros , c’est à dire 100 000 000 de francs pour distribuer des ordinateurs à des élèves dont beaucoup en ont déjà : il fallait y penser.

Car on aurait pu commencer par là. Quels sont les lycéens qui en ont besoin ? quels types de matériel faut-il ? et surtout pour accéder à quel contenu ?

Et bien non, le conseil régional a décidé d’équiper d’abord et de réfléchir ensuite. A qui viendrait l’idée d’acheter du matériel à quelqu’un qui en a déjà ? A qui viendrait l’idée au 21ieme siècle d’acheter le même matériel pour tout le monde ?

Cette mesure fort couteuse semble avoir été prise par des gens qui ne connaissent pas l’informatique et ses développements d’aujourd’hui. On dirait un ersatz du plan informatique de Laurent Fabius dans les années 80, qui pour relancer Thompson avait fait acheter dans tous les collèges de France des ordinateurs à cassette pour apprendre aux collégiens l’utilisation du Basic et du Turbo Pascal. Si on connait l’impact sur le chiffre d‘affaires de Thompson, on ne mesure pas l’effet désastreux de ce plan sur toute une génération (la mienne d’ailleurs).

Sauf qu’aujourd’hui, avait-on besoin de relancer, avec l’argent du contribuable languedocien, Dell, société américaine qui fait travailler des ouvriers chinois ? On peut en douter.

Combien d’emplois créés en région pour 15 millions d’euros dépensés? peut être 10 (4 pour le distributeur du matériel, et 6 pour l’administration régionale, c’est bien sur une estimation ), ce qui nous fait donc un ratio de 1,5 millions d’euro par emploi créé. C’est excessivement cher et inefficace

Quel sens politique ? On aurait pu penser qu’en achetant 32 000 ordinateurs, le conseil régional aurait pu décider d’une politique publique intelligente , comme par exemple équiper ces ordinateurs d’un système d’exploitation sous licence libre comme Linux, que neni, la préférence est allée à Microsoft et à l’achat de licences.

Quel contenu pédagogique ? Un ordinateur est un moyen pas une fin en soit, il sert à consulter des contenus. Et là c’est le vide sidéral : rien n’est prévu à l’échelle régionale pour créer des contenus pédagogiques, rien pour la formation et l’équipement des enseignants. Oui, c’est hallucinant, d’un côté on jette 15 millions d’euros pour acheter des machines et de l’autre pas un euro n’est prévu pour le contenu.

Et si on avait commencé dans l’ordre. On se serait interrogé d’abord sur le pourquoi faire d’une telle mesure et comment le faire ? Qui en a besoin et quel matériel a t il besoin ?

Pouvait on faire autrement ? Oui. La région Pays de Loire l’a fait de façon intelligente : un test a été effectué , et les premiers lycéens ont reçu un ordinateur fixe, portable, ou bien un mini-ordinateur d’une valeur d’environ 500 €, financé partiellement ou intégralement par les lycées sous forme de prêt, de dotation ou d’aide à l’achat. Cela s’est fait sous condition de ressources.

C’est moins cher pour le contribuable et plus efficace pour tout le monde. Et surtout les élèves peuvent choisir leur matériel, fixe ou portable ou mini ordinateur. On oblige pas windows et les logiciels propriétaires, chers et figés.

J’avais écrit en janvier 2010 un billet sur cette promesse démago, et dénoncé à l’époque son inefficacité en ajoutant que l’on devrait d’abord s’interroger sur l’accès au net des élèves et sur les contenus. Un an et demi plus tard, force est de constater que l’équipe régionale a fait un très mauvais choix très couteux pour le contribuable.

Rendez vous sur eBay à la rentrée pour voir les ordinateurs de la région revendus sur le net ou sous le manteau.

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