Manu Reynaud

"le temps et l'énergie d'une vie humaine ne sont pas renouvelables" : dommage !

Apéros Facebook : pourquoi les pouvoirs publics et les collectivités locales doivent participer à l’organisation ?

Posted on | mai 15, 2010 | No Comments

Deux très gros rassemblements viennent de se dérouler le même jour à l’appel de membres du réseau Facebook, le premier à Montpellier, le second à Nantes. Ils ont réuni des milliers de personnes.

A Montpellier, la préfecture a interdit le rassemblement mais le préfet a lui-même supervisé les services de police pour l’encadrer.

La mairie a apporté les moyens d’assistance (nettoyage, sanitaires et arrêtés municipaux) suite aux demandes des élus Verts.

Alors que d’autres « apéros facebook » sont prévus dans plusieurs villes de France, les pouvoirs publics ne savent pas comment réagir. La plupart du temps c’est l’interdiction qui prime mais les rassemblements ont lieu quand même et les participants ne comprennent pas : pourquoi interdire des rassemblements non violents  et conviviaux ?

Aujourd’hui, on assiste à de nouvelles formes de mobilisation et d’expression : on connait les flashmob (qu’on pourrait traduire par mobilisation éclair), des formes d’expression comme les freeze où les participants  se figent à un instant donné, on a vu des danses collectives organisées dans des lieux publics (à regarder absolument ).

Aujourd’hui, ce sont les apéros Facebook où des milliers de membres du réseau social se donnent rendez-vous. Il n’y a pas d’organisateur mais un ou des initiateurs.

Et c’est là un des points d’incompréhension majeur avec les pouvoirs publics : jamais jusqu’à maintenant les moyens technologiques ne permettaient de lancer une invitation de ce type et surtout de pouvoir voir le nombre et les profils de ceux qui disent vouloir y participer et tout ceci sans « organisation ».

Cette forme de mobilisation se fait avec un autre objectif important, celle de la réappropriation de l’espace public, c’est à dire une volonté collective de se retrouver ensemble dans des espaces publics.

Ce sont à l’heure actuelle les sociologues qui sont les plus pertinents sur les raisons et les objectifs de ces mobilisations, les politiques sont absents, les préfets n’y comprennent rien.

Car au centre de ces rassemblements, il y a avant tout une liberté fondamentale, celle de pouvoir se rassembler. C’est donc une nécessité de les défendre.

L’hypocrisie a été très forte ces derniers jours, notamment avec l’assimilation de ces rassemblements à du bingedrinking.  Or, on y rencontre aussi des familles et des gens de tous âges. Quant à l’argument du coût pour la collectivité, il n’est pas tenable : tout regroupement a un coût pour la collectivité, que ce soit un marché ou une manifestation et la collectivité publique est là pour les assumer.

Comment comprendre ces rassemblements  pour ceux qui n’utilisent pas Facebook ou Twitter ? On peut difficilement  le faire sans avoir utilisé le réseau social.

Pour essayer de traduire en termes du 20eme siècle, on pourrait dire que ces invitations à des apéros sont  des pétitions qui demandent la possibilité de se réunir librement dans un espace public à un instant donné avec les moyens de la collectivité, ceux qui permettent d’assurer les moyens minimums en terme de sécurité, de sanitaires, et de nettoyage.

C’est donc à la collectivité publique de s’emparer des événements, de les encadrer et de leur donner des moyens

C’est un nouvel exercice et une nouvelle pratique de la démocratie, de l’usage des moyens de la collectivité.

Il faut interagir avec l’initiative : y organiser des événements culturels, musicaux,  y intégrer des stands contre les addictions, pour la sécurité routière, mais aussi des stands qui parlent aux jeunes et aux moins jeunes. Pourquoi ne pas profiter de tels événements qui rassemblent aussi largement ?

Pourquoi ne pas avoir l’intelligence de s’intégrer à l’événement et de lui donner du sens ?

L’avenir de tous les rassemblements se fera désormais en partie via un réseau social, cela va dans l’avenir prendre beaucoup d’ampleur, cela commence par des manifestations conviviales comme ici avec ces apéros, mais toutes les formes d’expression publique et notamment les mobilisations politiques vont être touchées, et c’est bien un enjeu que de le comprendre.

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