Péage urbain : oser une mesure impopulaire !

By in Actualités on 19 décembre 2010

Georges Frêche avait raison : le jour est venu d’expérimenter un péage urbain dans l’agglomération de Montpellier.

Cette idée longtemps portée par les écologistes et mise en pratique dans plusieurs villes européennes en pointe est désormais reconnue par la nouvelle loi Grenelle 2 qui rend possible son application en France. Soulignons ici que cette reconnaissance doit beaucoup à l’action du maire socialiste de Grenoble, Michel Destot, qui a su promouvoir ce droit à l’expérimentation lors de son mandat national à la tête du GART, le Groupement des Autorités Responsables de Transports.

Pourquoi diable proposer un péage urbain ? Pourquoi donc agiter un tel chiffon rouge quand chacun n’attend des politiques que moins de contraintes, moins de taxes, moins de péages ?! Précisément parce que c’est le rôle du politique que d’oser défendre des choix qu’il estime justes même quand ils apparaissent impopulaires a priori. Qui oserait aujourd’hui revenir 20 ans en arrière et renoncer au choix du tramway, des aires piétonnes et des zones 30. Les choix d’alors n’étaient pas si populaires ; souvenons-nous ! Les écologistes ont pourtant su peser pour les faire prévaloir … Aujourd’hui, il s’agit de garder une écologie d’avance.

Le péage urbain : une idée impopulaire, mais un principe juste.

Faire payer les pollueurs est, en soi, un principe fiscal sain. Pourquoi un contribuable urbain qui n’utilise que très peu (voire pas du tout) la voiture en ville devrait-il payer avec ses impôts la création de nouvelles routes qui bénéficiera à l’allongement et à l’augmentation du trafic automobile – et donc de la pollution – sous ses fenêtres ? J’estime qu’un habitant des quartiers sud de Montpellier qui subit la pollution et le bruit engendrés par l’autoroute n’a pas à payer par ses impôts les aménagements censés réduire ces nuisances. Cela s’appelle la double peine !
On me dit qu’un péage urbain serait antisocial car il frapperait indifféremment les automobilistes riches ou pauvres. Je suis naturellement sensible à cet argument. C’est pourquoi je propose que ce péage urbain ne cible que les véhicules les plus récents ayant fait l’objet d’un malus écologique au moment de l’achat par son propriétaire. Concrètement cela revient à ne faire payer que les automobilistes qui ont fait le choix délibéré d’un véhicule neuf, cher et polluant. Autant dire que cela ne concerne pas les usagers les plus modestes dont les véhicules sont souvent anciens ou légers.

Le péage urbain : une idée impopulaire, mais un dispositif pragmatique.

Les caisses de l’Etat sont vides. L’Etat ne financera pas la création de murs antibruit sur une autoroute A9 qu’il souhaite transférer aux collectivités locales. Il a également abandonné le projet de contournement ouest de Montpellier entre l’A750 et l’A9 ; et se tourne vers le Département pour en assurer la maîtrise d’ouvrage. Ce réseau routier, dont l’incohérence provoque l’asphyxie du centre de Montpellier, ne pourra être achevé que par des financements locaux. Dire le contraire aujourd’hui serait mentir. Il va donc falloir dégager de nouvelles ressources pour financer ces projets (au moins 150 millions d’euros pour le seul contournement ouest) et, de manière pérenne, pour financer le développement des transports publics. Augmenter l’impôt des Héraultais serait une erreur et une injustice. C’est pourquoi, je propose que le péage urbain de Montpellier vienne alimenter un fonds d’investissement destiné, en priorité, à améliorer le réseau de transport et l’environnement des riverains de l’autoroute A9 et des autres infrastructures nuisantes.

L’écologie politique a toujours fait progresser les idées innovantes. Je souhaite que les élections cantonales de mars prochain soient l’occasion d’un débat ouvert sur la question du péage urbain et, plus largement, sur les nouvelles formes de fiscalité locale. Pour ma part, je défendrai toutes les innovations qui contribuent à un impôt plus juste et plus écologique ; un impôt ciblé au service d’une action publique plus efficace et d’une dépense publique mieux maîtrisée.

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